Mon chemin vers le français

J’ai commencé à apprendre le français quand j’avais 11 ans . Je me souviens d’avoir hâte de travailler dur afin de parler le français un jour. Ma génération n’a pas été forcée d’apprendre le russe, la première langue étrangère traditionnelle à l’école à ce moment-là. On a bien profité de ce moment historique où le français a remplacé le russe dans les écoles peu à peu . Cela a été une étape importante pour se rapprocher de l’une des cultures les plus connues de l’Ouest et du français, qui, avant la Seconde Guerre mondiale, était la principale langue étrangère en Roumanie.

Je me souviens encore du jour de la rentrée scolaire, l’un des moments les plus joyeux à l’école. Cela signifiait non seulement la rencontre avec les enseignants, mais aussi de voir les nouveaux manuels scolaires. J’étais impatient de découvrir et de les utiliser toute l’année. Quand j’ai eu mon premier livre scolaire de français j’étais tellement enthousiaste de le parcourir pour voir ce qu’il y avait dedans. J’étais tout simplement fasciné par les mots, les phrases et les illustrations que je n’ai jamais vus auparavant.

Je me suis promis de travailler aussi dur que possible pour maîtriser le français un jour. Ce n’était pas facile et je vais expliquer pourquoi en décrivant certaines de mes étapes pour apprendre le français. Il m’a fallu de nombreuses années pour être en mesure de parler et d’ écrire correctement. Ce n’est pas arrivé plus tôt pour certaines raisons et ce n’est la faute de personne, donc je ne peux que rejeter la faute sur moi.

Les années d’école dans mon village étaient pleines de découvertes y compris la langue de Molière. J’ai apprécié les cours de français et j’ai eu les meilleures notes. J’ai appris par cœur toutes les exceptions de la langue, les règles de grammaire, vocabulaire et tout ce qui était nécessaire à l’école. La traduction a toujours fait partie des leçons : la traduction du roumain vers le français et vice- versa. En tant qu’élèves, nous avions rarement l’occasion de parler entre nous et la traduction a été un exercice verbatim de mettre les mots en français en suivant les tendances de notre langue maternelle. Les textes que nous avions à traduire étaient réellement de la propagande communiste et étaient écrits par les Roumains pour les lecteurs français. Je ne me souviens pas des textes écrits par des Français dans un véritable français. Je n’avais pas eu l’occasion de voir d’autres livres en français à part les manuels scolaires et un dictionnaire bilingue modeste. Et on n’avait pas accès à des émissions télé ou des chaînes de radio en français.

J’ai quitté mon village pour aller au lycée quand j’avais 14 ans. J’étais très fier de mes acquis en français. Avant le lycée, j’avais toujours eu les meilleurs notes. Les premières leçons de français à l’école secondaire ont été un choc pour moi. J’ai eu ma première note la plus basse à l’école pour ma très mauvaise performance au cours. Je n’étais pas habitué à cela et ça m’avait fait peur parce que cela aurait mis en danger l’année scolaire entière.

J’ai découvert d’énormes lacunes dans mes connaissances et mes compétences linguistiques. J’ai essayé de travailler dur pour rattraper. J’ai réussi à obtenir des notes moyennes plus tard et je pouvais passer l’année. Le français était devenu une sorte de cauchemar. Je ne me plains pas parce que comme je le disais plus tôt ce n’est que de ma faute  puisque je n’avais pas exercé régulièrement et peut-être parce que le niveau d’apprentissage des langues étaient très bas dans mon village.

D’année en année, j’ai réussi à mieux m’entendre avec mon professeur de français, même s’il était un gars effrayant qui se moquait de nous et nous décourageait tout le temps. Nous avons également étudié la littérature française dans les deux dernières années de lycée. J’ai bien aimé, je dirais, mais la première année avec la littérature médiévale n’était pas quelque chose de très chouette.

Je me souviens que lors d’un test trimestriel important, qui comptait pour 50% de la note finale, le sujet était quelque chose de terrible . Le professeur nous a demandé d’écrire sur un écrivain mineur qui a écrit un petit livre qui, malgré tous mes efforts , j’ai trouvé extrêmement ennuyeux. Mais encore une fois je dirais que c’était de ma faute, j’étais probablement peu intéressé par cette période de l’histoire de la littérature française et je n’ai pas fait trop attention aux petits détails. J’avais imaginé probablement que le prof ne nous donnera un sujet si détaillé car il y avait beaucoup d’autres chapitres plus pertinents et plus emblématiques de la littérature française.

Qu’est-ce que j’ai fait ? Comme je n’étais pas familier avec le sujet du tout, je m’étais dit que je n’avais rien à perdre. J’ai préféré écrire sur mon sujet preferé. Je me souviens du jour où le prof est entré dans la classe avec tous nos petits cahiers pour discuter les résultats avec nous. Il a gardé mon cahier pour en parler à la fin. Il était surpris et m’a demandé pourquoi j’ai changé de sujet. J’ai admis que je ne savais pas quoi écrire et j’ai essayé d’écrire quelque chose à propos de mes auteurs préférés . Je m’attendais à être pénalisé mais étonnamment ce n’est pas arrivé. En fait, il a examiné le texte que j’ai écrit et m’a donné une note correcte . J’ai beaucoup apprécié ça, bien sûr, et des années plus tard, il m’a dit qu’il me voyait un peu comme un rebelle et il a compris la situation.

Mon français a ensuite dormi pendant environ 20 ans. D’autres priorités sont arrivées puis en 2000 j’ai déménagé à Bruxelles où je croyais que je serai capable de survivre avec mes compétences en français . Ce n’était pas vrai . Je n’ai pas pu utiliser mes compétences basiques en français dans des situations simples, comme l’achat d’ une carte de métro ou au shopping. J’ai essayé de traduire mot à mot du roumain vers le français  et de me faire comprendre, mais les réactions des francophones autour de moi étaient tellement bizarres que j’ai laissé tomber pendant un certain temps .

À Bruxelles, la plupart des gens s’imaginent que les Roumains devraient parler français correctement parce que le français et le roumain appartiennent à la même famille. Eh bien, l’histoire ne s’arrête pas là.

Notre premier printemps à Bruxelles (devant le bâtiment où on a vécu pendant un an en 2001)

Notre premier printemps à Bruxelles (devant le bâtiment où on a vécu pendant un an en 2001)

Peu à peu, j’ai bien sûr essayé d’utiliser mon français partout à l’extérieur du bureau. Bruxelles est une ville bilingue et les deux langues officielles parlées ici sont le français et le néerlandais. L’anglais était la langue principale au travail. Étant fier de mon français j’ai aussi essayé de l’exercer avec mes collègues francophones. Ils préféraient passer directement à l’anglais, ce qui m’étonnait .

Je me souviens des moments drôles, il y a 13 ans, lorsque j’échangeais des emails avec des francophones. À la fin de l’email j’ai rajouté le mot “merci” en l’écrivant avec un “ç” comme je l’avais appris à l’école. Ou alors j’avais aussi essayé  d’utiliser le passé simple ce qui a provoqué quelques sourires discrets autour de moi et ceci jusqu’au jour où quelqu’un m’a dit: “Votre français est tellement drôle !”

Alors je m’étais dit qu’il est temps de rafraîchir mon français. J’ai acheté des livres je les ai lu attentivement, j’ai fait des exercices de langue quotidiens le week-end, je regardais souvent la télé en français et je consultais souvent mon expert en français à la maison, ma fille. Peu à peu, j’ai amélioré mon français. C’était très important parce que j’avais besoin d’interagir régulièrement avec l’administration belge pour prolonger notre séjour et permis de travail, pour payer les taxes et les charges de maison etc.

Je peux dire que les aspects théoriques que j’ai appris en Roumanie m’ont aidé à me rendre compte que mes compétences linguistiques étaient pauvres et très limitées. J’étais une sorte de prisonnier de la méthode de traduction utilisée à ce moment-là, la traduction mot à mot. On devait d’abord penser en roumain et le traduire tel quel en français.

J’ai mis longtemps pour comprendre que, en parlant une autre langue, on doit transmettre notre message en pensant à la langue cible. La signification du message doit être adaptée à la langue cible et il ne faut jamais avoir une symétrie parfaite avec sa langue maternelle, mais adapter nos mots à la langue cible. Lorsque je parle français, je me pose toujours de la question: comment un Français va dire cela en français?

Je suis loin d’être parfait en français et je ne crois pas qu’un locuteur non-natif peut prétendre l’inverse. Chaque jour je découvre de nouvelles choses : je regarde les expressions idiomatiques et les mots au dictionnaire, je lis les médias et je regarde la télé en français.

Il y a deux ans, pour des raisons professionnelles, j’ai dû obtenir un certificat de niveau de langue pour le français et je me suis inscrit à l’Alliance française. J’ai exercé pendant environ six mois avant l’examen et j’ai jeté un coup d’oeil à la méthodologie de l’ examen en ligne pour obtenir des informations de base sur le format de l’examen et sa structure . J’ai passé en revue les structures grammaticales et le vocabulaire ainsi que l’expression écrite et orale.

L’examen était difficile: il a duré une journée, de neuf heures à environ quatre heures de l’après-midi , avec des petites pauses entre les deux . J’ai passé avec une meilleure note que celle dont j’avais besoin, mais j’ai trouvé l’examen extrêmement élitiste.

C’est difficile de dire pourquoi il m’a fallu si longtemps pour apprendre le français correctement . En fait, j’ai compris que pour apprendre une langue il ne faut jamais arrêter d’être curieux et de découvrir. J’ai compris qu’afin de ressentir la beauté du français et faire des efforts afin de l’apprécier comme il faut , j’aurais dû être encouragé quand j’étais plus jeune. Comment ? Je crois que j’aurais eu plus facile en créant un coin ” français ” dans mon cerveau pour être capable de penser directement en français lorsque je le parlais. Un effort difficile, mais pratique.

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